Le groupe Disney veut racheter Marvel pour 4 milliards de dollars. L’opération n’attend que l’accord des dispositifs anti-trust américains.
La nouvelle, annoncée par surprise au terme de négociations restées totalement secrète, a fait en quelques heures le tour de la planète geek. Marvel, bien sûr, c’est la maison d’édition de comics
américains qui compte dans ses rangs Spider-Man, les X-Men et nombre d’autres.
Vu de France, tout cela a ceci de particulier que Disney est un véhicule à fantasmes particulièrement puissant. Ce qui est d’autant plus facile à voir qu’ils sont complètement décalés par rapport
à la réalité. Et il est difficile de ne pas y voir au moins un peu d’anti-américanisme : Disney est fait bouc émissaire de l’impérialisme culturel américain. Le tout chargé d’une dimension de
véhicule de censure morale, héritée de son identification au dessin animé pour enfant, et qui a le moins de rapport avec la réalité.
Déjà, Walt Disney Company est un groupe vaste qui va bien au-delà de Mickey et des parcs d’attraction. Les studios Touchstone et Miramax, le Network américain ABC et ses programmes (Lost,
aujourd’hui, The Practice et son spin-off très liberal – sens américain – Boston Legal hier), c’est ABC-Disney.
Quand Disney a racheté Miramax aux Weinstein, le nouveau propriétaire a laissé les Weinstein à la direction et n’a pas vraiment mis son nez dans leurs affaires. Même quand cela aurait mieux valu.
J'espére très fort chaque jour que Joe Quesada, le redacteur en chef de Marvel qui préside aux destinés du Marvelverse, soit viré. (En six ans à écrire les scénarios d'Amazing Spider-Man, J.M.
Straczynski a ressuscité Spider-Man, sorti ultra-amôché des années 90 et d'uine longue période de scénaristes peu inspirés. Tout ça pour que, au terme de ce run, Quesada assassine
littéralement le personnage dans un rebondissement digne de Bobby sous la douche dans «Dallas».) Cette espérance n'a absolument pas plus de chances d'être concreétisée après cette annonce
qu'avant .
Dans la réalité, Disney est un groupe qui défend une politique sociale très à gauche. C’est cela qui lui vaut des protestations aux Etats-Unis où il a souivent fait l’objet de nombreux
boycotts d’organisations religieuses et ultraconservatrices.
En cause, par exemple, sa décision de donner aux employés gay en couple de son groupe les mêmes avantages qu’aux employés hétéros mariés, et ce il y a déjà longtemps. Ou encore les journées
spéciales gay organisées dans ses parcs d’attraction américains.
Pour en revenir à la chaîne de télé ABC, c’est là qu’apparut le premier personnage principal homo des séries US – Steven dans «Dynasty». C’est aussi là qu’on vit le premier baiser amoureux
lesbien, en fait premier baiser homosexuel de la fiction américaine, les filles ayant pour une trop rare fois précédé les garçons – dans «Relativity», une création de Jason Katims, produite par
Edward Zwick et Marshall Herskovitz, en janvier 1997. Et c’est encore sur ABC que Ellen DeGeneres et son personnage de la sitcom Ellen firent leur coming-out qui changea totalement la
représentation des homos à la télé américaine. Pour un groupe perçu en France comme censeur et cul-béni, il a sacrément défriché des territoires vierges...
Je rajouterai aussi que le groupe Disney est capable de se remettre en cause au point de privilégier la progression artistique au statut quo. Souvenez-vous. Il y a quelques années, le studio
Pixar, génial producteur de films animés en image de synthèse, menaçait de ne pas renouveler son contrat de distribution par Disney. Un temps, on annonça même que le divorce était consommé.
Jusqu’au retournement de situation qui vit en quelques sort la petite bête manger la grosse. A savoir Lasseeter, qui dirigeait Pixar, prendre la direction du département animation de Disney. Et y
prendre immédiatement de reprendre la production de films en animation traditionnelle, bêtement arrêtée par Disney quelques années auparavant...
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