Jeudi 31 mai 2012 4 31 /05 /Mai /2012 00:39

Il me faut vous avouer mon secret. C’est avec inquiétude et anxiété que j’ai vu arriver, très tôt cette année, la nouvelle saison de «Secret Story». Pourquoi ? Tout simplement parce que regarder chaque semaine six émissions quotidiennes de quarante-cinq minutes, auxquelles s’ajoute une émission hebdomadaire de deux heures,  ça plombe considérablement mon emploi du temps.

Il y a longtemps, mon plaisir coupable estival prenait la forme des «Cœurs Brûlés», de «Terre Indigo», voire de «Sandra, Princesse Rebelle» (là, il était vraiment très, très coupable). Mais la saga d’été a quasi-disparu, faute d’avoir su rester en accord avec son époque, figée dans des principes narratifs et de mise en scène de plus de vingt ans d’âge.

Un temps comblé par «Koh-Lanta» – avant que je ne découvre la tellement supérieure version américaine, «Survivor» – voire «Greg le / Marjolaine et les Millionnaire(s)» et «L’île de la Tentation» (très, très, trèèèès coupable), ce besoin de feuilleton estival ludique et léger est à nouveau, depuis quelques années, comblé par une télé-réalité: «Secret Story». Pourtant, le programme revient de loin. La première saison n’était qu’un énième retour de «Loft Story», à peine enrichi d’une petite part de jeu en plus. Le résultat était tout juste moins ringard qu’un «Nice People», précédente tentative de la Une de se réapproprier la télé-réalité d’enfermement.
L’émission a entamé une progression, encore timide, lors de sa deuxième saison, avant d’exploser dans une troisième saison incroyable, pendant laquelle le téléspectateur ne s’est pratiquement pas ennuyé en trois mois de jeu quotidien.

 

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Qu’est-ce qui a changé?

D’abord TF1 a assumé un choix stratégique important, celui de faire de «Secret Story» une émission de niche. Elle ne réunit pas 35% de parts de marché, mais ce n’est pas le but: ses chiffres moyens en audience globale sont contrebalancés par ses spectaculaires performances sur cibles. Prenons l’exemple de la quotidienne du 29 mai (chiffres Le Blog TV News). 17% du public se trouvant devant sa télé à l’heure de la diffusion a regardé «Secret Story». Pour TF1, c’est très moyen. Oui, mais la part de marché monte à 33% sur les femmes de moins de 50 ans, et carrément 47% sur les 15/24 ans. Autrement dit, pour le publicitaire qui veut vendre un produit aux jeunes, pas si facile à toucher en masse via la télé, l’émission est un moyen idéal. Tf1 peut donc établir des tarifs publicitaires en conséquence, ce qui rend l'émission très rentable. Et elle est même plus puissante encore que ce que ces chiffres laissent entendre, puisque l’émission cartonne aussi sur Internet. Ce début de saison 6 réunit en catch-up sur TF1.fr des chiffres similaires aux années précédentes: 500 000 visionnages par quotidienne via Wat -- un chiffre qui ne tient pas compte des vues des services de catch-up intégrées dans les Box câble ou ADSL.
En assumant de cliver, et en l’assumant de plus en plus ouvertement au fil des premières saisons jusqu’à atteindre le niveau actuel au moment de la saison 3, «Secret Story» peut se permettre ce qu’on ne voit jamais sur TF1. Être moderne, jeune, proposer des personnages complexes et loin d’être tous ‘‘aimables’’ et sympathique (mais qu’on peut adorer détester).

Au-delà de cet aspect business, une chose a sauvé «Secret Story»: cette histoire de secrets. Un peu anecdotique au départ, elle a provoqué un changement de mentalité complet de la télé-réalité française. Pour la première fois, le message officiel n’y était pas que tout le monde était là pour ‘‘l’aventure humaine’’ et que ‘‘l’important était de participer’’. A chaque fois qu’un candidat très stratégique a fait «Koh-Lanta», par exemple, il s’est vite trouvé pris en grippe par le téléspectateur de TF1, venu voir avant tout des paysages et des performances sportives de candidats se battant uniquement contre eux-mêmes. Tout ce qui fait le sel du programme américain (alliance, contre-alliances et trahisons pour gagner) est absent du programme français. «Survivor» valorise l’intelligence (quitte à ce qu’elle se mâtine d’un peu de fourberie), «Koh-Lanta» ne valorise que le muscle (quitte à ce qu’il soit bourrin, l’émission à base d’épreuves presqu’exclusivement physiques, est d’ailleurs fondamentalement machiste).
Dans «Secret Story», puisqu’il faut protéger son secret, la stratégie, et donc la possibilité d’un mensonge est forcément présente, en même temps qu’elle est largement dédramatisée. Car on ment aussi au poker, par exemple, mais cela n’est pas grave et n’a pas d’impact sur les relations humaines puisque tout le monde autour de la table connaît au départ les règles du jeu.

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C’est un candidat, Léo, qui a fait complètement réaliser à TF1 et à Endemol le potentiel de l’émission qu’ils avaient entre les mains. D’une intelligence extrême, aussi bien sur le plan du raisonnement que sur le plan émotionnel, il kidnappe littéralement le programme pendant sa présence: tout le jeu tourne autour de lui. Après quelques semaines, il est sorti du jeu, suite à un dérapage personnel. Mais il avait définitivement changé l’émission et, à ma grande surprise à l’époque, la troisième saison de «Secret Story» continua sur cette lancée, prouvant au passage que les ‘‘scripteurs’’ du programme en avaient sous le capot.

‘‘scripteur’’, un drôle de néologisme que j’utilise à dessein. Je pourrais parler de scénariste, mais en France, c’est immédiatement compris de travers: il laisse entendre que les candidats se plieraient à une matière préalablement écrite, alors qu’il ne s’agit pas de ça. Ce sont d’autres écritures qui sont à l’œuvre. Celle du montage d’abord. Même en enlevant huit heures de sommeil, la production doit disposer, au bas mot, de trente ou quarante heures de rushes par jour (les candidats ne sont pas toujours ensemble et créent autant de ‘‘scènes’’ parallèles) qui sont réduites à quarante-cinq minutes de quotidienne. Evidemment que ce retraitement du réel implique de la dramaturgie. Le casting est une autre forme d’écriture, différents assemblages de personnalités construisant forcément différentes histoires. Et puis il y a les formes d’interventions plus directes: ‘‘missions’’, énigmes, instructions/déstabilisations via les téléphones de la maison, etc.
La troisième saison correspond aussi au moment où les producteurs ont commencé à vraiment maîtriser cette narration particulière de la télé-réalité quotidienne, ce que Manuel Raynaud avait très bien évoqué dans un article pour TéléObs à la fin de cette saison épique: «Secret Story : aux limites de la fiction».

En réalité, TF1 et Endemol n’ont pas tout à fait autant d’aisance à gérer ces éléments que je peux le laisser entendre. D’ailleurs, la qualité de la troisième saison de «Secret Story» reste inégalée. Pire, des tentatives maladroites de reproduire cette alchimie (la saison de «La Ferme Célébrités» avec Mickaël Vendetta et le crash «Carré VIP») ont abouti à des catastrophes éditoriales.

En fait, les saisons 4 et 5 ont été marquées par deux grandes tendances. D’abord, la volonté de racheter une image à l’émission, qui repose aussi sur une certaine confiance de TF1 et Endemol en la force du format. Le coté exhibitionniste – caméras sous les douches, photos quotidiennes des candidats à poil sur le blog de Morandini – a été totalement supprimé (les garçons sont même obligés de revêtir un t-shirt avant d’accéder à la salle d’interview). Personnages et situations doivent suffir en eux-mêmes pour faire le buzz. Ensuite, on a constaté l’accentuation du coté soap du programme, avec une mise en avant des histoires sentimentales (des couples déjà formés sont intégrés dès le départ, pour s’assurer d’avoir du contenu de ce type dès les premières semaines).
Ces deux saisons ont par ailleurs reposé sur des principes structurels beaucoup trop similaires – une candidate-poissonnière au centre du programme (Amélie puis Aurélie), une ou deux folles sympas pour le coté décalé (Benoît/Thomas puis Morgan), et un candidat stratégique un peu gâché, puisqu’on peut difficilement jouer tout seul (Bastien puis Zelko).

Usure et lassitude se faisaient sentir. La saison 6 allait-elle confirmer que les télé-réalités françaises sont incapables d’innover et se contentent de se reproduire à l’identique de saison en saison ?

Après quelques jours, impression est bonne et «Secret Story» pourrait me divertir tout l’été, alors que j’ai décroché avant la fin les deux années précédentes (l’émission gagnerait d’ailleurs à s’arrêter quand elle n’a plus rien à raconter, le tirage à la ligne autour du couple Amélie-Sena, que la prod a été jusqu’à ‘‘marier’’ pendant une hebdo, ayant été assez pathétique).

 

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Le casting de la saison nous épargne les personnages/caricatures les plus vues ces dernières années. Pas de poissonnière, pas de folle-asexuée-tellement-trop-cool, mais le sentiment d’un groupe plus mature venu avec l’envie de s’amuser pendant trois mois, plutôt qu’avec l’ambition de faire la couv’ de Closer pendant trois ans. Et plusieurs potentiels très bons joueurs se démarquent. Le plus évident étant Julien, mannequin avenant, mais aussi intelligent qu’observateur, et qui, lors des toutes premières nominations de ce mardi, vient de signer un ‘‘blindside’’ à la «Survivor». C'est-à-dire qu’il a pris totalement par surprise les nominés, qui n’avaient rien vu venir, et en plus sans se faire griller: ses adversaires dans le jeu ne soupçonnent pas qu’il est l’auteur de ce coup.
Il faut avouer que les débuts de «Secret Story» sont rarement ennuyeux, plusieurs secrets tombant forcément dans les premières semaines. Mais en navigant intelligemment, la prod a matière à animer au-delà, un secret comme celui des combines cachées de Julien finissant toujours par être révélé dans cette émission.

Bilan à la fin de l’été, pour voir si «Secret Story 6» a tenu ses promesses...

 

 

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Même sujet, angle différent:

FICTION EN CRISE - Et si TF1 copiait moins les séries US et plus... « Secret Story » !

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Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 04:39

Le samedi 19 mai prochain, à partir de 20h35, France 4 retransmettra la Nuit Doctor Who. Elle proposera les premiers épisodes inédits de la saison 6, un voyage dans l’histoire de ce phénomène culturel britannique qui fêtera ses 50 ans en 2013 au travers de quelques épisodes clefs, et un documentaire exclusif. Le tout concocté par Alain Carrazé et Romain Nigita de 8 Art Média.

 

J'apparaîtrais quelque peu dans le documentaire, parmis un très grand nombre d'intervenants fans ou journalistes, sans parler des interviews de scénaristes ou acteurs de la série.

 

 

 

La Nuit Doctor Who, animée par la présentatrice britannique Louise Eckland, proposera d’abord quatre épisodes inédits, les premiers de la saison 6, proposés en Version Multilingue : l’ouverture de la saison en deux parties écrite par Steven Moffat, «The Impossible Astronaut» et «Day of the Moon» («L’Impossible Astronaute» 1&2/2), ainsi que «The Curse of the Black Spot» («La Marque Noire») et un époustouflant épisode écrit par l’écrivain légendaire Neil Gaiman, «The Doctor’s Wife» («L’Âme du Tardis»).
Fidèle à la diffusion au Royaume-Uni, France 4 programme la sixième saison en deux temps. Avant le grand final en automne, les téléspectateurs pourront se délecter avec les sept premiers épisodes diffusés sur deux samedis.

 

 

 


Mais ce n’est pas tout ! La Nuit permettra aussi de faire un véritable voyage dans l’histoire de Doctor Who au travers de la diffusion d’épisodes classiques. Seront programmés:

    «Rose», le Pilote du nouveau départ dans la série en 2005, écrit par Russell T Davies avec Christopher Eccleston dans le rôle du Docteur (VM) ;
    «Genesis of the Daleks», qui dévoile l’origine des terribles ennemis des Seigneurs du Temps et la première apparition de Davros, leur créateur. Une aventure du Docteur de Tom Baker en 1975, en six épisodes de 25 mn (VF) ;
    «The Edge of Destruction» un serial de 2x25 minutes issu de la toute première saison. Ces épisodes en noir et blanc datés de 1964 mettent en scène le tout premier Docteur, William Hartnell (VOST).
    Enfin, les téléspectateurs de France 4 pourront découvrir «City of Death» une aventure de Tom Baker en 1978 très particulière puisque ces 6x25 mn ont été tournées en partie dans les rues de Paris, incognito puisque Doctor Who était totalement inédite en France (VOST).

  http://www.a-suivre.org/filinfo/images/affiche_nuit_doctor_who.jpg

 

Ce n’est toujours pas tout ! Entre ces aventures, sera proposé un document exclusif permettant de raconter toute l’histoire de ce phénomène culturel, à partir de nombreuses interviews dont Steven Moffat, et Russell T Davies, Matt Smith, Karen Gillan, Christopher Eccleston, Billie Piper, mais aussi de fans et journalistes connaisseurs de la série. Vous découvrirez aussi la Doctor Who Experience, l’exposition qui est restée plusieurs mois à Londres et est en train d’être relocalisée à Cardiff. Le sommaire de ce document :

    Le phénomène Doctor Who
    Les origines de Doctor Who
    Les 11 Docteurs de Doctor Who
    Les Compagnons de Doctor Who
    Les Ennemis dans Doctor Who
    L’avenir de Doctor Who.

Les spécialistes, journalistes ou fans interrogés sont:

Stephen Clarke – auteur «Français, je vous haime» ; Alex Taylor – journaliste européen ; François Descraques – réalisateur «Le Visiteur du Futur» ; Hugh Coltman – musicien «Stories from the Safe House» ; Pascal Pinteau – auteur «Jouets Cultes» et Rédacteur en chef de Effets-speciaux.infos ; Davy Mourier et Monsieur Poulpe, animateurs «Le Golden Show» ; Audrey Œillet – journaliste Dvdseries.net ; Thomas Destouches – Journaliste Allociné ; Maud Robillard – modératrice Beans on Toast ; Stéphane Marsan – éditeur des romans Doctor Who ; Isabelle et William Wendling – fans ; Gatane – compositeur, interprète ; Katia De la Ballina – journaliste TV Grandes Chaines ; Stéphane et Lea Gross – fans ; Emilie Flament et Sullivan Le Postec – journalistes «Le Village» ; Tom Spilsbury – rédacteur en chef du Doctor Who Magazine ; Romain Nigita – journaliste Mad Movies ; Alain Carrazé – journaliste chroniqueur Télé 2 Semaines, directeur de 8 Art City.

La Nuit Doctor Who est produite par 8 Art Média pour France 4, conçue et écrite par Alain Carrazé et Romain Nigita, présentée par Louise Eckland depuis le Palais de la Découverte. Samedi 19 mai sur vos écrans.

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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 00:42

Dans l’épisode précédent, Retour aux Urgences, j’avais entrepris de revoir cette grande série médicale, dont je n’avais vu l’essentiel des épisodes qu’une seule fois, et dont je n’avais pas vu du tout les dernières saisons.

 

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La distribution de la saison 11

 

 

Ce bilan à mi-parcours, après la septième saison (sur quinze au total), je le concluais en disant qu’il y avait ‘‘de fortes chances que mon voyage dans la deuxième moitié de la série soit moins plaisant que celui dans la première’’. Evidemment, c’était pas faux, même si, finalement, cette saison sept restera comme l’une des plus mauvaises de la série, avec la douzième.

Les trois saisons dont le showrunner était Jack Orman, qui a pris le relai après le départ de Lydia Woodward à la fin de la sixième, ont été particulièrement difficiles à suivre même si, heureusement, rien ne sera plus aussi ridiculement hystérique que la première moitié de la saison 7.

Au-delà des nombreux changements qu’a effectué Orman, qui sont autant de ruptures de continuité et de l’intégrité des personnages (j’en ai parlé dans mon précédent bilan), il y a surtout une particularité de son point de vue d’auteur qui rentre fondamentalement en conflit avec la nature de «ER». Jack Orman est persuadé que tous les êtres humains sont corrompus. Avant lui, les personnages de «Urgences» pouvaient avoir beaucoup de défauts (Kerry Weaver, évidemment, Doug Ross aussi, entre autres) mais ils étaient intègres. Sous Jack Orman, petites et grandes démonstrations de corruption s’enchaînent: de Mark Greene qui laisse volontairement mourir un patient à la fin de la saison 7 à Kerry Weaver qui mange les biscuits offerts par un groupe pharmaceutique qu’elle avait pourtant interdit aux autres de consommer. D’ailleurs, introduisant presqu’en même temps les personnages de Gallant et l’insupportable Pratt, Orman oublie presque instantanément le premier pour ne se concentrer que sur le second. Un temps bombardé deuxième personnage principal au générique, Mekhi Phifer sera finalement rétrogradé discrètement plus tard, les auteurs constatant que le personnage ne déclenche pas l’empathie chez la majorité des spectateurs.
Ces personnages comme Gallant oubliés en rase campagne, c’est d’ailleurs une caractéristique de la deuxième moitié de «Urgences», même s’il existe un exemple antérieur (Jeanie Boulet après la saison 4). Dès la saison 7, les scénaristes ne savent plus quoi faire du Docteur Malucci, incarné par Erik Palladino. Il est réduit au rang de figurant amélioré n’ayant à se mettre sous la dent qu’une scène gag par épisode, au mieux. Pourtant, Palladino est un interprète excellent qui arrive à donner de la chaleur à ce personnage de Docteur jouisseur un peu je-m’en-foutiste. Bizarrement, après avoir viré Palladino, les auteurs la série n’auront de cesse que d’introduire des personnages similaires – Morris, Barnett. Même si j’ai fini par bien aimer Barnett, aucun n’arrive à la cheville de l’original.

Finalement, Jack Orman peut remercier Anthony Edward d’être parti pendant son run. Grâce à cela, ce qu’on retient de ces trois années, c’est avant tout la mort de Mark Greene, et le très joli épisode hawaïen d’adieu écrit et réalisé par John Wells.

 

ER13 La distribution de la saison 13

 

John Wells, justement, reprend la main après le départ d’Orman. Dès le final de la saison 9, il signe un vrai choc: ‘‘Kisangani’’ (9x22), le premier épisode africain. Très symptomatique d’une série qui tenait à avoir une portée politique et sociale. La saison 10 introduit un nouveau personnage avec lequel il est possible de rentrer en empathie : Neela. Les auteurs ne lui ont pas forcément fait de cadeau dans son évolution au fil de ses six saisons de présence, mais elle est le fil qui, souvent, m’aura empêché de décrocher de «Urgences».

 

La dixième saison est plutôt de bonne facture, malgré l’épouvantablement raté départ de Romano, dans l’attaque de l’hélicoptère 2.

ERjustasIam.jpg La onzième, elle, est véritablement excellente, bénéficiant notamment du retour temporaire de Lydia Woodward, qui signe trois épisodes. On trouve des grands épisodes en abondance : le sublime et très cher à mon cœur ‘‘Just As I Am’’ (11x14) dans lequel Kerry Weaver retrouve sa mère biologique après des années de recherche, mais décide de rompre quand elle découvre que celle-ci n’est pas en mesure d’accepter son homosexualité ; ‘‘Time Of Death’’ (11x06) qui raconte l’agonie d’un patient en temps réel ; ‘‘Skin’’ (11x11) dans lequel Abby est prise en otage par des jeunes adolescents membres d’un gang pour tenter de sauver l’un des leurs, blessé par balle ; ‘‘Carter est Amoureux’’ (11x21) dans lequel Paris est sublime et la préparation du départ heureux de Carter touchante. Quelques fils sont vraiment réussis, comme le développement de la relation touchante entre Neela et Gallant, même si celle-ci sera malheureusement gâchée l’année suivante. On note aussi quelques jolis moments de nostalgie positive, comme le retour de Chad Lowe et du personnage de Monsieur Roubadoux, très important pour le personnage de Carter.

 

C'est à partir de là que les épisodes sont devenus inédits pour moi. Le départ de Carter dans cet épisode à l'image choc du balcon qui s'effondre pendant une fête avait été mon départ de spectateur lors de la diffusion originale.


L'absence de Noah Wyle et du personnage de Carter place John Wells dans une position difficile: ni Kovac (un personnage assassiné par Orman), ni encore moins Pratt ne sont des premiers rôles masculins crédibles. Wells a envie d’engager John Stamos mais, à l’époque, l’acteur est engagé sur une autre série même si celle-ci, tout le monde le sait, ne fera sûrement pas long feu. Wells fait le choix de lui garder la place. Goran Visnjic prend la tête du générique, grillant la politesse à Abby (l’équipe de «ER» jugeait visiblement inacceptable qu’une femme ouvre le générique, c’est assez délirant). 
La douzième saison se fait donc sans véritable personnage central positif (Abby ayant été plombée par la somme de problèmes que les scénaristes lui ont jeté à la figure, et semble stucturellement malheureuse et sans espoir). Elle le paye très cher. John Leguizamo est chargé à lui seul d’animer les intrigues, dans un arc ridicule et complètement hors-sujet. Avec la septième, c’est la plus mauvaise saison de l’histoire de la série (malgré un arc africain à nouveau réussi).

Lors des trois dernières saisons, John Wells engage finalement l'attachant Stamos, mais l'encombre d'une backstory sentimentale compliquée au possible, et très pénible. Surtout, il délègue à nouveau la charge de la série, cette fois à David Zabel. Celui-ci, malheureusement, semble secrètement convaincu que «Urgences» n’a plus rien à dire. Il enfonce la série dans le soap opera, parfois très mauvais (le mariage d’Abby et Luka est absolument épouvantable). Les tragédies s’abattent sur les personnages sans discontinuer: forcément, ils font continuellement la gueule. Neela n’a pas le temps de se remettre du deuil de la mort de son mari en Irak que son nouveau petit ami se fait amputer des deux jambes après un accident.
Nombre de nouveaux personnages sont introduits selon la même recette qui a échoué tant de fois auparavant, en les rendant d’abord détestables. Le tout premier plan de Brenner (l’excellent David Lyons) le montre au lit au milieu de deux femmes, fascination longue et malsaine de la série pour les personnages censément hyper-masculins. La façon dont la série a sombré dans la misogynie dans ses dernières années est vraiment étonnante. Heureusement, l’arc de Brenner sera plus intéressant que cette introduction catastrophique.

 

Et puis heureusement, il y a toujours, de temps à autre, un grand épisode qui sort du lot et bouleverse le spectateur, comme le très beau ‘‘Body and Soul’’ (12x13) dans lequel on vit au fil du temps la relation entre Abby et le mentor qui l'a persuadé de devenir médecin, atteint d'une maladie dégénérative.

 

ER15.jpg

La distribution régulière de la saison 15,
qui sera bien vite rejointe par nombre d'anciens

 

 

L’approche de la fin de la série permet de rappeler la bonne époque. D’autant plus que la grève des scénaristes a donné in extremis à «Urgences» une saison supplémentaire pour la sauver d'une fin impréparée. Le départ de Maura Tierney force à introduire de nouveaux personnages principaux, notamment celui d’Angela Basset, forcément un peu sous-traités. Au moins ce personnage est un bon moyen d’amener un retour d’Anthony Edwards, le temps d’un épisode.

 

La toute fin de la série, plutôt nostalgique et intelligemment centrée sur Carter, est dans l’ensemble très réussie. Grace à cela, on quitte les «Urgences» sur une impression positive. C’est sans doute l’essentiel.

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Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 06:28

Martin Winckler a quelque peu disparu du paysage sériephilique français depuis qu’il a émigré au Canada, et c’est bien dommage : dans la mode actuelle des séries, les vrais spécialistes des séries, ceux qui en connaissent réellement l’histoire, sont rares.

Evidemment, le connaisseur et passionné qu’il est a forcément trouvé des moyens de continuer d’évoquer les séries et d’y réfléchir. Je découvre aujourd’hui que l’on trouve en ligne une émission en 18 épisodes, diffusée sur la Radio du Centre de Recherche et d’éthique de l’Université de Montréal, intitulée Ethique en Séries.

En compagnie du Directeur du CREUM, Daniel Weinstock, Martin Winckler discute de ce sujet qui l’a toujours fortement intéressé. Dès le premier épisode, il explique comment les médecins pourraient profiter de regarder des séries médicales. Il en profite aussi pour corriger nombre de contre-vérité et restituer une véritable histoire des séries, contre la tendance actuelle, particulièrement dominante en France, qui voudrait faire coïncider en zéro avec HBO.

A écouter ici.

Surlatelevision.jpgD’ailleurs, et dans cette même catégorie, j’en profite pour mentionner ici le passionnant Sur la Télévision de Louis Skorecki. Ce recueil de chroniques pour la plupart publiées dans Libération sur trois décennies brasse quelques références incontournables des trente dernières années de série, en même temps qu’il évoque un temps qui semble si lointain. Celui où, avant Internet, l’information sur les séries était extrêmement réduite et en rendait difficile l’exploration précise alors que les chaînes françaises les traitaient en bouche-trous presque toujours diffusées dans le désordre le plus complet.

Les chroniques de Skorecki sont l’œuvre d’un pionnier d’une intelligence extrême, qui aura sur voir l’intérêt artistique de la série télévisée bien avant que l’intelligentsia ne l’autorise tout en rayant d’un trait de mépris la plus grande partie de son histoire.

N’hésitez pas à l’acheter.

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Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 23:25

Bon, ça ne vous aura pas échappé, nous avons annoncé ce mois d’avril l’arrêt du Village, ce webzine des fictions européennes et francophones qui occupe une bonne partie de mon temps depuis six ans maintenant, lorsqu’il fut décidé de me placer à la tête de ce projet lors d’un Conseil d’administration du Front de Libération Télévisuel au printemps 2006.

Tout cela s’est drôlement passé de mon point de vue. La décision d’arrêter le site est prise depuis cet automne, vers octobre je crois. On ne voulait pas l’annoncer trop longtemps en avance, mais on avait quand même envie de prévenir avant la fermeture, ne serait-ce qu’au cas où cela laisserait à une forme de relève le temps de s’organiser. On a pensé faire cette annonce à diverses occasions, mais les plans ont à chaque fois été retardés, modifiés ou abandonnés.

Quand j’ai fait lire ma tribune sur les médias à Dominique avant de la publier, c’est lui qui m’a suggéré que c’était une bonne opportunité. J’ai donc publié la tribune et l’annonce le lendemain, sans réfléchir plus que ça à ce que cela pourrait entraîner. Bon, je me doutais bien qu’il y aurait deux twittos pour signaler leur déception, et trois ou quatre Like sur Facebook.

En fait, cela a été bien plus loin que cela, les messages d’amitiés et de regrets étant tombés nombreux et d’horizons divers, tandis que la tribune de l’annonce battait des records de visites – ce qui m’a fait dire qu’on aurait dû annoncer notre fermeture plus souvent, comme les tournées d’adieu semestrielles de Sheila à l’époque.
Je mentionnerais particulièrement les billets d’Astiera et de Druggy, qui ont fort touché la midinette (pas très bien) cachée en moi. J’entends que ça doit paraître un peu bizarre, mais le fait que des gens puissent lire ce qu’on écrivait au Village m’a toujours paru très virtuel – c’est mieux comme ça, le contraire est paralysant.

Par chance, un dossier à finir pour la session de printemps du Fonds d’Aide à l’Innovation Audiovisuelle m’a vite pris tout mon temps, et plus encore, et m’a donc évité de rester sur ces émotions. Il nous reste jusqu’à juillet pour mettre en ligne les derniers articles qui nous trottent encore dans la tête, et ce sera la fin d’une très belle aventure que je suis particulièrement content de finir dans de bonnes conditions.

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Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 16:04

Suite à l'annonce de l'arrêt du webzine Le Village l'été prochain, j'ai répondu aux questions de Nicolas Van Peteghem pour son blog L'Auteur Inspiré. Un entretien qui tire un premier début de bilan du Village et trace quelques perspectives pour l'avenir.

 

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Un extrait:

 

A ton avis, Le Village a-t-il eu une quelconque influence sur ce changement?

Je ne sais pas. J’aimerais bien, mais je ne crois pas. Un tout petit peu, à la marge, parfois. Par exemple, je crois qu’on a une petite part de responsabilité dans la bonne image de certaines séries françaises. Et il y a eu «Hero Corp», quand même. Là, Emilie a réussi à provoquer un mouvement du mammouth. Vous allez me dire qu’il n’y a pas eu de saison 3 pour autant. C’est vrai. Pour l’instant. On a aussi peut-être un petit peu contribué à une certaine libération de la parole, parce que notre voix portait d’un bon angle. D’un côté, personne ne pouvait nier notre enthousiasme et notre passion. De l’autre, nous étions aussi plus franc, beaucoup moins langue de bois que la parole en vigueur dans le milieu. Mais est-ce que cette parole a eu la moindre conséquence concrète ? Je ne crois pas. Ce qu'on a le mieux réussi, par contre, c’est de rapprocher les gens des séries françaises. Notre base de départ, le lectorat du Front de Libération Télévisuel, c’était 2000 ou 3000 geeks nourris à la série américaine. A force, on a pu les pousser à regarder une série française de temps en temps !

 

L'intégralité de l'interview est à lire par là.

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Mercredi 11 avril 2012 3 11 /04 /Avr /2012 15:46

L'approche de l'élection-phare de notre cinquième république a été l'occasion pour moi d'écrire une tribune relative à la politique en matière de médias, d'audiovisuel et de création, publiée dans les colonnes virtuelles du magazine en ligne de la fiction européenne, Le Village.

 

"Dans un mois, les français éliront leur prochain Président de la République. Parmi les chantiers qui l’attendent figure celui des médias, de l’audiovisuel et de la création. Le secteur a besoin de toute urgence d’une vision réformatrice à la fois stratégique et pragmatique qui doit faire du Service Public le moteur de l’amélioration générale des programmes."

Lire la suite.

 

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Cette interpellation à l'adresse de la gauche est l'occasion de faire une annonce à propos du Village, qui figure en fin d'article.

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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 22:15

"Lumière sur Les Hommes de l'Ombre", un webdoc à propos de la série de France 2, que j'ai réalisé pour Le Village. Suite à la diffusion des deux premiers épisodes (que l'on peut rattraper sur Pluzz), le premier volet est disponible. Cliquez sur l'image pour y accéder.

 

 

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Après la diffusion mercredi 1er février des épisodes 3 & 4 des « Hommes de l’Ombre » sur France 2 retrouvez le deuxième volet de « Lumière sur Les Hommes de l’Ombre » en ligne.

 

Et finalement, après la diffusion mercredi 8 février des épisodes 5 & 6 sur France 2 retrouvez le troisième et dernier volet de «Lumière sur Les Hommes de l’Ombre» désormais en ligne.

 

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Sullivan qui?

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    Je suis un jeune scénariste (on peut être jeune jusqu'à assez vieux, dans ce métier), parisien d'adoption.
Ce site comporte un blog mis à jour de façon irrégulomadaire et sans ligne éditoriale fixe, ainsi qu'un répertoire de textes archivant projets de fiction et articles journalistiques écrits au fil des années (parfois, ça remonte à loin et c'est un peu moisi, vous voilà avertis).
Bon butinage!

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villagead.jpgLe Village. J'assure la rédaction en chef de ce site consacré à la fiction télévisée européenne et francophone dont l'ouverture au public a eu lieu le 4 février 2007. On y trouve critiques, analyses et chroniques de l'actualité du secteur.

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